Besoins de santé de la population : Quelle analyse prospective ?

Depuis la Loi de décentralisation de 2004, l’obligation est faite aux Régions d’élaborer un schéma des formations sanitaires et sociales. Mais comment imaginer d’élaborer un schéma de ce type si nous n’anticipons pas les changements susceptibles de s’opérer dans les organisations sanitaires et sociales au cours des prochaines années et leurs conséquences en métiers, effectifs et compétences, concernant les professionnels dont nous aurons besoin demain?

C’est à cette question que le Conseil Régional Aquitaine a voulu répondre en commanditant une étude prospective sur le devenir du système de santé, pour éclairer les orientations de son futur schéma. L’option retenue a été de soumettre trois scénarii alternatifs d’évolution à quarante experts et personnalités qualifiées : un scénario de continuité des politiques mise en œuvre, un scénario de profondes transformations du système de santé et un scénario de rupture du contrat social, héritier de la Constitution de 1946.

Quels futurs possibles ?

Le scénario « de continuité » pose d’abord la question d’un choix politique qui entendrait maintenir, au nom même des contraintes économiques et sociales actuelles, le principe d’une continuité budgétaire et d’organisation, dans une approche totalement centralisée, plaçant les ARS en position de super préfets, ne rendant plus compte qu’au ministre. Mais l’avis quasi unanime est qu’on ne peut pas rester dans la logique d’un scénario de ce type dès lors qu’il ne permet pas d’améliorer l’efficience du système. Le sentiment commun étant qu’au regard des grands indicateurs macroéconomiques, cela ne pourra pas durer et que la baisse de la démographie médicale et les contraintes économiques ont de toute façon commencé à restructurer l’offre, tant sanitaire que sociale.
Le scénario « de transformation » est considéré comme le plus à même d’apporter une réponse crédible aux défis de santé. Il vise à une transformation globale et concomitante, portant à la fois sur les soins primaires et sur les niveaux hospitalier et médico-social : changement des modes de prise en charge et de rémunération, un hôpital transformé, de nouveaux parcours de soins, de nouvelles pratiques professionnelles. Il suppose de bâtir une stratégie sur une vision crédible d’un nouveau paradigme de santé, d’agir dans la durée, avec une mise en œuvre graduelle, à un horizon de dix ans et d’accompagner fortement sa mise en œuvre.
Le scénario « de rupture » a suscité plusieurs types de réactions : ceux qui l’excluent d’un point de vue idéologique, ceux qui le considèrent intellectuellement comme nécessaire à la réflexion, dès lors que la remise en cause du maintien même de notre système peut permettre de faire avancer les choses, en créant les conditions d’une prise de conscience et ceux qui l’évaluent comme possible, voire probable et même, pour certains, difficilement évitable si une action politique très volontariste n’est pas engagée rapidement.

Une croisée des chemins qui suppose des choix stratégiques

La synthèse des scénarii fait apparaitre le sentiment commun de l’existence de vraies continuités et de vraies ruptures. Nous nous trouvons un peu dans les trois scénarii à la fois et la perspective d’évolution du système de santé s’inscrit dans chacun d’eux, sans qu’aucun n’en préfigure l’intégralité. Les interrogations portent sur le fait de savoir sur quoi agir et de quelles marges de manœuvre on dispose ? Pour les premiers nous ne sommes pas dans une situation de rupture et il faut naturellement éviter qu’on y parvienne. La maîtrise de l’évolution des dépenses est donc une nécessité, si nous voulons garder notre système de solidarité nationale. Pour les seconds, il n’y a plus de temps à perdre et il faut s’engager sans tarder et de façon vigoureuse dans une grande politique de transformation de notre système de santé, car nous sommes déjà entrés dans le scénario de rupture.

Lire l’article de Sud Ouest

Accéder à l’étude propective

Laissez un commentaire