Pourquoi l’espérance de vie des femmes a-t-elle diminué en 2012 ?

Le bilan 2012 de l’INSEE constate une croissance de la démographie en France la plus faible depuis 10 ans (0,47% soit + 300.000 personnes). Si le nombre de naissances est en léger recul du fait de la diminution du nombre de femmes en âge de procréer, c’est un taux de mortalité particulièrement élevé qui en constitue la principale raison. L’espérance de vie diminue pour les femmes (84,8 ans, soit – 0,2 an) et stagne chez les hommes à 78,4 ans. Rien d’inquiétant disent les experts de l’INSEE, piqués d’une curiosité d’épidémiologistes, il ne s’agit que des conséquences d’un contexte climatique exceptionnel. Ce pic de décès résulte d’un hiver particulièrement rigoureux qui a provoqué plus de morts (571.000 hors Mayotte) que la canicule de 2003 (562.000 morts). Mais après cette période spécifique le taux de mortalité revient à la normale, et la France reste sur des fondamentaux démographiques qui en font une exception en Europe. C’est seulement à un horizon de trente ans que nous sommes dans la perspective d’un ralentissement progressif de notre augmentation démographique avec un vieillissement de la population qui constitue une tendance de plus en plus lourde.

La grippe :  seule cause de diminution de l’espérance des femmes en 2012 ?

La grippe est-elle pour autant la seule cause de la diminution de l’espérance de vie des femmes ? D’autres facteurs ne doivent-ils pas être pris en compte qui conduiraient à considérer qu’un clignotant d’alerte s’est allumé sur le tableau de bord de notre système de santé ? Au fond ce n’est pas tant la question du vieillissement, qui est en cause, même s’il constitue en soi un défi pour toutes les sociétés développées, que celle d’un vieillissement en mauvaise santé. D’autant que nous sommes confrontés aujourd’hui, au plan national, à deux autres défis majeurs que sont le développement exponentiel des maladies chroniques et l’augmentation croissante des inégalités d’accès aux soins. La part de ces deux éléments sur les perspectives d’évolution de d’espérance de vie doit-elles être considérée comme négligeable ? Y -a-t-il matière à regarder de plus près la question de la santé des femmes ? Seule une étude épidémiologique plus fine est en mesure de vraiment répondre à ces questions. Dans son rapport de 2010, le CESE pointait déjà leur plus grande vulnérabilité liée à une exposition plus importante à des conditions de vies et de travail difficiles.

Crise économique et sociale : quel impact sur la santé ?

Comment par ailleurs ne pas prendre en compte l’impact d’une crise économique structurelle, qui comme le constate le récent rapport annuel du gouvernement sur la pauvreté, fait que pour la première fois depuis 2004 le niveau de vie médium a diminué en France. En 2011 la pauvreté concerne 10% des ménages, en termes de conditions de vie. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à porter seules la responsabilité de foyers monoparentaux, et à finir leurs jours dans l’isolement. En termes de santé les conséquences sont lourdes, puisqu’en l’absence de moyens de se payer une mutuelle le renoncement aux soins devient chose courante. On sait les conséquences très graves que la crise économique a pu engendrer sur la santé de la population Grecque. On observe par ailleurs que le taux de fécondité des Espagnoles a diminué à partir de 2008.

Il est urgent de s’interroger pour savoir si ce recul sur l’espérance de vie des femmes ne signe pas une régression plus profonde de notre modèle économique et social ?

Alors que la démographie médicale poursuit une régression durable en France, tant en matière de médecins généralistes que spécialistes, rendant l’accès aux soins primaires et secondaires de plus en plus aléatoire, tant dans les agglomérations que dans les zones rurales, n’est-il pas temps de repenser en profondeur l’organisation de notre système de santé et de ré interpeller son équité ?

En période de crise, la tentation est grande pour tous les gouvernements de ne penser la santé que comme une dépense que l’on doit réduire, sans tenir compte du fait qu’elle peut être aussi un puissant facteur de cohésion sociale et même de renouveau économique. Dès lors soyons vigilants sur notre façon d’interpréter les données qui nous parviennent, non pas pour vouloir noircir le tableau, mais pour être simplement réalistes et réactifs, dès lors que des évolutions jusqu’alors positives connaissent brutalement un coup d’arrêt. S’il y a bien eu un coup de froid, il convient de nous interroger au-delà et vite !

Un commentaire

  1. Roland Michel lance le débat interessant sur le lien qui pourrait exister entre une espérance de vie des femmes qui a diminué et l’accentuation de la pauvreté qui toucherait les familles monoparentales a prédominance féminines. Il se demande si la seule augmentation de la mortalité liée a la grippe, comme le suggère l’INSEE, pourrait expliquer le phénomène épidémiologique observé par l’institut national de la statistique.
    Quelques éléments peuvent être versés au débat :
    —> l’exces de mortalite liée aux épidémies grippales touche essentiellement les personnes âgées de > 85 ans comme cela a bien été démontre par l ‘InVs lors de la grippe de l’hiver 2006 ( 6000 morts supplementaires) Or dans cette tranche d’âge, il y a une grande majorité de femmes.
    —> il n’a pas été démontre d’excès de mortalite chez les femmes plus jeunes de familles monoparentales ou vivant en dessous du seuil de pauvreté
    —> de même, aucune étude épidémiologique n’a démontre jusqu’à présent qu’il y avait plus de mortalite dans les « déserts médicaux » des zones rurales ou urbaines. Si l’hypothèse avancée par Romand Michel mérite d ‘être étudiée, a ce jour aucune étude épidémiologique ne permet de confirmer une telle hypothèse.
    —> la mortalité précoce ( avant 65 ans) bien étudiée par Barbara Starfield en 2006, est davantage liée a une insuffisante organisation des soins de premier recours qu’à une insuffisance en nombre de professionnels de santé, les pays ayant une densite médicale plus basse que la France pouvant avoir de meilleurs résultats sur la mortalité précoce du fait d’une meilleure organisation des soins primaires.
    Aussi nous pensons que les éventuels clignotants rouges dont parle Roland Michel sont davantage liés a notre incapacité a faire évoluer nos organisations de sante qu’à une insuffisance de moyens. La France reste le pays d’Europe qui a la plus forte densite médicale globale, mais elle est mal repartie. La France est le 2ème pays au monde apres les USA en terme part du PIB consacrée a la santé. On estime que les 50 milliards de plus qu’elle dépense chaque année par rapport aux autres pays européens ne lui permettent pas d’avoir de meilleures résultats en terme de sante publique et d’espérance de vie comme le fait remarquer très justement Roland Michel.

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